Une journée ordinaire en classe

Sous le silence apparent des élèves penchés consciencieusement sur leurs cahiers gronde une révolte. Un brouhaha, à peine audible au début, enfle peu à peu, interrompu de temps à autre par le « moussié », ou la « maîtresse », et finit par emplir l’espace jusqu’à ce que certains se permettent de se héler d’une table à une autre. Il est temps d’y mettre un terme.

Le « moussié » ou la « maîtresse » relève la tête, sourcils froncés et lèvres pincées, l’air courroucé. Les plus sérieux, généralement plus sensibles aux changements d’attitude de l’enseignant, se tiennent coi. Le suspense est à son comble : va-t-on punir quelques uns en exemple ? Ils sont suspendus à ses lèvres.

Contre toute attente, une question fuse, résonnant comme une provocation irrésistible : « Tout le monde a fini ? » Adressée à la cantonade, la classe s’écroule sous les hurlements. « Oui !!! » « Noooon!!!» Chacun parle pour lui et pour tout le monde à la fois. Le “maître” des lieux lève la main et un silence s’installe, moins respectueux que curieux de la suite des évènements. Quelques distraits sont rappelés à l’ordre brutalement : « Farah, tais-toi ! »

La journée continue, les leçons s’enchaînent, ponctuées par la récréation, ce grand moment de détente que certains passent à gambader et à courir dans tous les sens, dépensant une énergie incroyable. Au retour en classe, on se souvient que l’on devait aller aux toilettes, ou boire de l’eau, ou acheter une glace, ou finir son biscuit, ou…

Rien n’y fait : les leçons n’attendent pas, et encore moins le « moussié » ou la « maîtresse », debout sur le pas de la porte, les mains sur les hanches, soufflant et grondant tel un dragon terrifiant, à l’affût du moindre retardataire.

Tout le monde retrouve sa place, ses cahiers, ses habitudes d’élève contractées au cours d’une longue « carrière » dans les salles de classe. L’école, cet endroit devenu si familier maintenant, avait été si terrifiant pour certains, apeurés à l’idée de quitter ses parents, tandis qu’il en fascinait d’autres.

La fin de la journée approche, l’enseignant regarde sa montre et presse les plus lents au travail. Chronométrés, les leçons doivent être faites, envers et contre tout, dans les temps. Les enfants, loin de montrer des signes de fatigue, sont excitées à la perspective du retour à la maison, ou bien se montrent désolés que l’heure de partir soit si proche.

Cependant, à la sonnerie, tout le monde range précipitamment ses affaires, réclame un stylo ou une règle prêtés, parle et s’agite dans tous les sens. Le « moussié » ou la « maîtresse » tente tant bien que mal d’effectuer une sortie dans les règles, mais certains jours, cette tâche s’avère ardue. On se hèle joyeusement, on se chamaille, on bataille pour être en tête du peloton, jouant des coudes et des pieds. Devant le portail, certains se souviennent de cet adulte qui a passé la journée enfermé avec eux et à leur crier dessus en français, et lui lancent : « Au revoir Moussié ! Au revoir Maîtresse ! »

« A demain, les enfants. » Lessivé après une journée passée avec ces petits monstres dotés d’une énergie inépuisable, l’enseignant salue « ses » enfants d’une main distraite et lasse. Quant à eux, ils racontent leur journée aux parents, sur le chemin du retour, la tête bourdonnante de toutes ces choses nouvelles apprises à l’école aujourd’hui, et pressés d’être déjà à demain.

Un commentaire

  1. Une journée à l’école est une découverte pour les enfants comme pour l’enseignant.Après avoir lu,j’ai eu comme impression que tu racontais presque mon quotidien à l’école,dans ma classe.

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