Ma première année à l’école, je l’ai passé en compagnie du crayon à mine. On nous disait souvent que si on voulait avoir une belle écriture, il fallait commencer avec le crayon, et c’est toujours vrai de nos jours!
Ma maîtresse du Cours d’Initiation (CI-aujourd’hui première année, que j’ai eu la joie de rencontrer une vingtaine d’année plus tard – c’est fou ce que les enseignants ne changent pas! – me raconta une anecdote que j’avais complètement oublié: j’ai voulu, le jour mon premier jour de la rentrée, effacer avec mes doigts le gribouillis que j’avais fait avec mon crayon. Résultat : un gros trou dans mon cahier double lignes! En me voyant sur le point de fondre en larmes, ma maîtresse me donna alors l’adjuvant indispensable au crayon : la gomme. Plus tard, je fis aussi la connaissance du taille-crayon, son autre fidèle compagnon.
Pour moi,ce fut une découuverte extraordinaire, dans la mesure où je n’étais habitué jusque là qu’au « calame », et au charbon, dont on faisait, une fois écrasé en bouillie et mélangé avec une substance visqueuse au goût atroce (« malmal »), une encre visqueuse.
Je ne pouvais pas savoir que qu’à l’école coranique, nous utilisions l’encre du crayon, qui ne fut inventée qu’au 16è siècle dans sa forme actuelle, c’est-à-dire une mine de graphite inssérée dans un bout de bois. Comment pouvais-je imaginer que ce bout de bois taillé sommairement (on dit « calame » ou « qalame » indifférement) et trempé dans une miction de charbon était utilisé aussi bien par des maîtres africains dans une école coranique que par les maîtres de la calligraphie du monde arabe?

Les européens préféraient sans doute la plume, qu’on arrachait du plumage d’oiseaux domestiques ou sauvages. La plume était elle aussi trempée dans de l’encre, et produisait à l’utilisation ce crissement si particulier sur le papier que les stylos plume de nos jours font quand on appuie un trop sur un papier à gros grain. On imagine le marquis de Sade, Molière, Shakespeare et tant d’autres, écrivant sous la lueur incertaine d’une bougie, « la plume à la main »… L’idée du stylo – qui est une apocope* de « stylographe » – apparut en 1865, par le perfectionnement de l’outil à marquer le cuir, en marqueterie, et en 1919, le prix Lépine récompensa une onvention similaire. Toutefois, l’inventeur moderne du stylo est connu sous le nom de Ladislao José Biró (1899-1985), un journaliste bulgare. Amené de par son métier à beaucoup écrire, il en vint tout naturellement et par esprit de curiosité, en 1938, à s’intéresser à son outil de travail.
L’idée consistant à incorporer l’encre et la pointe qui écrit pour n’en faire qu’un seul instrument ayant déjà été explorée (1865-1919), il tenta d’employer de l’encre à séchage rapide, ce qui constitue un perfectionnement du stylo àplume, dont l’encre sèche plus lentement. Mais un problème apparut très vite: l’encre avait du mal à s’écouler.
Biro eut alors l’idée révolutionnaire qui allait donner au stylo son nom définitif : l’utilisation d’une bille, à la pointe du stylo, pour faire étaler l’encre et, tout en lui permettant de s’écouler quand on appuie sur le papier, retient aussi l’encre dans son réservoir. Ceci dit, c n’est pas Ladislao José Biro que l’on associe pour la postérité au stylo bille, mais plutôt Marcel bich, qui prit plus tard le nom de Bic, pour des raisons de marketing – et de prononciation! Personne ne se souvient en effet des stylos à bille commercialisés sous le nom de stylos Biro, par la société « Birome » par Biro et son frère, après que celui-ci eut déposé un brevet en 1943 en Argentine, où il s’était réfugié.
En 1945, Biro cède son brevet à Marcel Bich, et ainsi commence la saga des « stylos Bic ». Encore aujourd’hui, plus personne ne dit « stylo bille » et on préfère même l’abréviation « bic » pour le désigner. Marcel Bich procéda aux dernières améliorations, en utilisant une bille en acier inoxydable d’un millimètre de diamètre, ce qui rend l’écriture plus fluide, mais scelle aussi la fin des pleins et des déliés!!
Les stylos à bille de cette marque qui nous sont familiers sont ceux avec un tube transparent pour suivre le niveau de l’encre; et un capuchon qui annonce sa couleur : rouge, vert, noir, bleu. Les premiers modèles de ce genre sont sortis par la marque légendaire en 1965, sous le nom de « Cristal ».
En 1975, le stylo bille faisait son entrée dans les écoles françaises. Et 25 ans plus tard, je tenais enfin dans ma main mon premier stylo bille! A l’époque, un seul stylo bille pouvait suffire pour toute l’année solaire, et c’était une fierté pour un écolier que d’exhiber des tubes vides de stylos bille, preuve qu’il était studieux, sérieux…et ne perdait pas ses affaires!