La lecture et le livre en Afrique francophone

Article rédigé par Bernice LOKO, sur le site web de l’ADAB (Association pour le Développement de l’Activité Documentaire au Bénin). Vous pouvez le lire en contexte en suivant ce lien.

A l’heure de la mondialisation, le livre devient l’allié de tous les combats : pour la diversité culturelle et linguistique, pour l’accès aux savoirs, pour la liberté, pour la paix. Le livre est en effet un compagnon de route et de vie inestimable dans les sociétés qui se sont établies autour de l’écrit comme dans celles qui puisent davantage aux sources de l’oralité, qui l’ont découvert et le chérissent comme gardien de leur patrimoine et expression de leur créativité nouvelle pour faire progresser l’éducation de base, pour lutter contre la pauvreté, pour servir de socle aux avancées des nouvelles technologies de la communication et de l’information dans les sociétés modernes.

Selon M. Koïchiro Matsuura, directeur général de l’Unesco, le livre est d’abord expression de la pensée et témoignage de l’être. Il sert de multiples manières au développement, il est un outil du progrès et donne une chance à l’humanisation du monde. Il est donc indispensable de promouvoir le développement de l’édition, la libre circulation du livre, son accès à tous les publics. A cet effet, les pays doivent développer leur politique nationale dans ce domaine afin que les auteurs soient protégés contre l’exploitation non autorisée du produit de leur travail.

1. Le Livre : un outil de sélection et d’habilitation

Par le fait qu’il s’adresse en priorité à un public d’apprenants, donc soumis à un examen critique plus important, le livre est un instrument de sélection exigent et redoutable.

Aujourd’hui, les élèves sont envahis par toutes sortes de médias qui leur apportent l’éducation et l’instruction désirées ou non. De plus, même sous son format électronique, le livre semble rendu antipathique. La multiplication des maisons d’éditions, la subvention des prix d’achat, la contextualisation, rien n’y fait. Le livre a déserté la bibliothèque familiale pour se couvrir de poussière dans les bibliothèques appauvries des écoles. En Afrique et particulièrement au Bénin on n’offre pas de livre à un ami, à un parent en guise de cadeau d’anniversaire, de mariage, ou de fêtes de fin d’année. Aussi, un enfant à qui vous demandez de choisir entre un livre et une chemise, choisira sans hésiter la chemise. Sur les bancs publics, vous ne verrez presque personne avec un livre. Le constat est le même à la plage, devant les guichets des entreprises où il nous arrive de faire toute une matinée debout.

Dans le quotidien, le livre n’est pas perçu comme un compagnon, un ami. Il est plutôt vu comme l’intrus, l’emmerdeur. Il est pour le commun des béninois une échelle dont on se sert pour aller sur l’arbre qui assure le bonheur : la fonction publique, l’emploi bien payé ou non. Une fois les diplômes obtenus, le béninois considère son contrat avec le livre terminé. Il se débarrasse facilement de ses livres. Le livre apparaît juste comme un moyen d’ascension sociale et non comme un moyen d’épanouissement individuel ou un objet de plaisir. Dans le monde non scolarisé, le livre est perçu comme l’objet qui a ouvert les yeux aux autres peuples qui ont pu dominer l’homme noir pendant des siècles. Le livre est donc perçu comme un objet diabolique, source de perversion et de ruse. Alors pour éviter à sa progéniture la déviance, on le préserve de l’école, donc du livre. Aussi, des adultes accusent ouvertement la lecture d’être responsable de la dépravation des mœurs observée chez les jeunes. En définitive, on pourrait dire que le livre n’est réellement adopté que par une poignée d’inconditionnels, de passionnés ou d’amoureux pour qui le livre est un moyen d’émancipation, d’épanouissement et d’évasion. Et, surtout un patrimoine commun, fruit de l’intelligence humaine, alors que la grande majorité continue de voir dans le livre un objet étranger à notre culture, lointain et imposé par la civilisation européenne.

2. le livre : un cadre de promotion

Si dans l’ensemble, on note une désaffection du public vis à vis de la lecture, les choses varient souvent d’un pays à l’autre, mais, dans le cadre propre à chaque pays, on peut noter des relations différentes à l’écriture, en fonction de la couche de population choisie ou du milieu étudié. Ainsi, si le grand public boude le livre pour son prix ou pour sa langue (étrangère ou recherchée), on trouve une dynamique incontestable de la lecture dans les milieux d’information et de communication, les bibliothèques publiques, les centres d’information ou de recherches, et, bien entendu, les établissements scolaires et universitaires. Dans ces établissements où la lecture est déterminante, le livre devient l’outil essentiel de l’approbation des connaissances, le ferment d’une véritable culture intellectuelle. Il répond alors aux objectifs propres à ces institutions du savoir, promouvoir la connaissance, évaluer l’information, aider à la création. De ce fait, le livre scolaire devient un outil préférentiel de promotion du livre dans la mesure où il favorise l’acte de lecture et la connaissance de la production de la littérature. Un élève même désintéressé, ne peut se dérober au devoir de lire s’il veut obtenir des résultats simplement acceptables, et souvent l’inhibition de départ s’efface au contact d’un livre intéressant, l’activité pédagogique contraignante devient peu à peu un ravissement esthétique. C’est à l’école que naissent souvent les appétits de lecteur et que se constitue l’essentiel du bagage culturel.

3. Perspectives

Instrument de sélection, au sens positif du terme, fruit d’une réflexion critique, le livre est de facto le support d’une culture de la production sans laquelle on ne peut accéder à une véritable culture de la consommation. Car si on a longtemps pensé que le retard de l’Afrique était imputable à son ancrage dans la tradition orale, aujourd’hui on peut s’apercevoir que c’est moins le passage d’un mode de transcription à un autre qui est en cause, mais l’accès généralisé au savoir et à l’information. Autant les assistants d’une soirée de contes étaient de véritables connaisseurs, au fait des roueries du conteur et des subtilités du genre, autant le lecteur d’aujourd’hui doit être au fait des mécanismes et des finesses de la création littéraire. D’où le recours à des activités de « sensibilisation » comme les lectures publiques, les cafés littéraires ou encore les ateliers d’écriture. Dans ce dernier cadre, le livre devient l’outil de référence, l’exemple et le modèle qui guide nos pas dans l’univers complexe de l’écriture. Devenus auteurs nous-mêmes, nous n’en serons que de meilleurs lecteurs, plus exigeants mais aussi avisés. Essentiel pour l’élaboration d’une véritable culture de la lecture, le livre ne jouera jamais son plein rôle de façon isolée, mais au sein d’une politique globale de la lecture et du livre.


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