– Art icle tiré du site web du cfpen –
De l’orphelinat des missionnaires à une institution citoyenne
Depuis la mission des frères de l’ordre des Capucins à Obock à nos jours, l’école djiboutienne a à son actif plus d’un siècle chargé d’histoire, durant lequel, elle s’est forgée une identité pour une devenir une institution citoyenne.
Il serait difficile de prétendre retracer l’historique de l’école à Djibouti, car la mémoire de l’école est lacunaire, par absence d’archives et traces qui restent fragmentaires et disparates. Néanmoins, les premiers repères coloniaux donnent l’année 1884 comme point de départ de l’école à Djibouti. C’était donc à Obock, chef lieu de la colonie, qu’un italien de l’ordre des Capucins, Monseigneur Massaja, alors vicaire Apostolique en Abyssinie, ouvrit une école « indigène ». Cette décision visait d’une part à transférer l’orphelinat de Harrar (Ethiopie) à Obock sous protectorat français et contribuer ainsi à la formation d’une souche chrétienne parmi la population locale. Et d’autre part, tirer de cette école un profit à long terme, c’est-à-dire former « des éléments humains » qui contribueront au développement de la colonie naissante. Quatre années après, soit en 1888, cinq sœurs franciscaines de Calais débarquent à Obock et ouvrent une école pour filles. Les deux écoles fonctionneront dans des conditions rudimentaires pour donner un enseignement intellectuel (axé sur le catéchisme) avec quelques éléments d’art agricole à l’adresse des enfants Gallas et ceux arrachés aux marchants d’esclaves, pour la plupart des filles. En 1896, lorsque le pouvoir colonial choisit la rade de Djibouti pour implanter sa nouvelle capitale, les Frères et les Sœurs suivent le chemin de l’administration et déménagent leurs institutions malgré les difficultés liées à ce transfert et s’installent au Plateaux du Serpent. La nouvelle école, qui ouvre ses portes en 1902, doit prendre un caractère public puisqu’elle doit prendre en charge les enfants des familles européennes avec cours pour indigènes. Pour satisfaire la demande de plus en plus grandissante, le gouverneur Pierre Pascal fait ouvrir durant la même année, « une école pour les enfants du pays » qui, dès son ouverture connaît un nombre important d’élèves. Avec un budget mensuel de deux cent francs, les sœurs franciscaines et les Frères de St Gabriel (qui ont remplacés les Capucins) s’escrimeront à instruire ces apprenants cosmopolites issus des européens (Grecs, Italiens, Suisses, Russes…), des communautés extra- européennes (Arabes, Egyptiens, Arméniens, Abyssins et Indiens) et bien entendu des Indigènes (Afar et Somalis). Même si le niveau du personnel enseignant laisse à désirer, l’enseignement porte pour l’essentiel sur le français l’écriture et l’arithmétique de base.
Période d’une crise profonde
Cependant, au cours de l’année 1905, un nouveau contexte politique crée une tempête dans le paysage scolaire de la Côte Française des Somalis. Les lois de la République, impulsées par Jules Ferry, ministre d’instruction publique, définissent une nouvelle devise de l’école française: Gratuite, Laïque et Obligatoire. L’école est séparée de l’église au même titre que l’Etat. De nouvelles lois interdisent aux membres de congrégations religieuses d’enseigner. Dorénavant, en strict applications de la loi de 1905, les trois écoles de Djibouti ferment leurs portes en janvier 1906, car la colonie supprime les subventions inscrites au budget en leur faveur. Pour remédier à cette crise, le Gouverneur Pierre Pascal et un inspecteur des colonies en mission, aidés par les parents d’élèves, décident de faire appel à l’Alliance Française dont le comité local, composé des fonctionnaires, officiers et notables européens fut crée dès la fermeture des écoles. Après les tracasseries administratives, l’école redémarre en novembre 1906 grâce à la section locale de l’Alliance Française qui récupère les Frères sécularisés (c’est-à-dire qui ont quitté leurs congrégations et devenus laïcs) comme enseignants. Sous le pavillon de l’Alliance Française, l’école commence à bénéficier d’un budget plus conséquent de la part de l’administration. Donc, l’année 1906 marque l’an zéro de l’école laïque en Côte Française des Somalie. Elle connaîtra une certaine évolution jusqu’en 1918, en dépit des difficultés générées par les quatre années de guerre.
Une première Ecole Publique
Avec le développement fulgurante de la ville de Djibouti et devant l’impérieuse nécessité de doter la colonie de main d’œuvre indispensable, l’école devient l’objet d’attention spéciale de la part des autorités administratives. Aussi, la CFS est le seul territoire ou l’école publique est inexistante. Et pour cause, la première école publique voit le jour à la hauteur du boulevard de la République en 1922, à l’actuel emplacement du service de l’enseignement de base. A ce stade de son existence, le résultat de l’école est très médiocre pour ne pas dire insignifiant. Deux examens, de reconnaissance locale, sanctionnent le parcours scolaire : un certificat « élémentaire » pour ceux qui savent lire, écrire et compter et un certificat « supérieur » pour une connaissance plus approfondie. La médiocrité du rendement est justifiée d’une part par la faiblesse des subventions allouées aux écoles et d’autre part par l’absence des manuels adaptés au contexte socioculturel. Quoique caduque, la formation porte vite ses fruits : ceux qui quittent les bancs deviennent aussitôt interprètes, employés d’administration ou de la compagnie de chemin de fer ainsi que d’autres maisons de commerce.
Méthodes pédagogiques et modèles d’enseignement
L’enseignement congréganiste n’obéissait à aucune approche pédagogique proprement dite et restait de ce fait, à un stade « artisanal ». Ce n’est que vers les années quarante que les premiers guides du maître voient le jour et l’enseignement s’oriente selon une approche quantitative centrée sur le produit de l’apprentissage. Avec le développement de la pédagogie et ses composantes, l’école de la CFS appliquera différentes approches : le cognitivisme, le constructivisme de Piaget, la pédagogique Par Objectif, enfin le NED (Nouvel Ensemble Didactique) jusqu’à récemment. Tour à tour, ces méthodes d’enseignement, qui ont force de loi dans le milieu pédagogique, vont influencer la conception de l’école, sa finalité, ses stratégies de mise en œuvre….
A noter qu’en 1976, fut introduit à Djibouti la méthode SGAV (Structuro Globale Audio Visuel) avec les manuels sénégalais. En 1990, la République de Djibouti, butée à la limite des méthodes d’affectation, se dote d’un centre de conception des manuels proprement djiboutienne, le CRIPEN, et d’un centre de formation du personnel, le CFPEN. C’est à partir de cette date que l’école djiboutienne prend réellement son indépendance.
La refondation du système éducatif djiboutien
En 1999, le constat sur le système éducatif est alarmant : l’école est défaillante, tant dans ses capacités que dans ses rendements. Par conséquent, elle se place au cœur des préoccupations. Les états généraux de l’éducation, auxquels prennent part la communauté dans sa diversité, voient le jour. Sur recommandation des participants, des nouvelles orientations (juridiques, administratives, pédagogiques…) sont prises. L’école est redéfinie dans sa finalité et dans ses attributions. Un véritable chantier s’ouvre à l’échelle du ministère. Pour la première fois, l’école est au cœur des préoccupations de l’Etat et de la communauté. C’est dans ces plans que s’inscrivent la réforme en cours, marquée par une vague de réhabilitations et extensions des infrastructures scolaires, la récentration sur la formation du personnel enseignant, l’ouverture de l’université djiboutienne… L’université, l’école de la Médecine s’ouvre dans la foulée. La réforme du baccalauréat s’engage pour arriver à l’horizon 2014 pour un bac nationale. Le CRIPEN (Centre de Recherche d’Information et de Production de l’Education Nationale) devient autonomme pour répondre au besoin en manuels scolaire.
Sources : « Historique de l’école à Djibouti », Jean Dominique PENEL